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Honni soit le Bitcoin

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C’est passé comme une lettre à la poste. L’Office national des changes marocain a tout simplement interdit les transactions en monnaies virtuelles, dont le célèbre Bitcoin. Cette décision qui ne paie pas de mine peut s’avérer lourde de conséquences, tant les enjeux économiques et sociaux sont colossaux. Plus que cela, on joue l’avenir. Retour sur une sentence qui n’a fait couler que très peu d’encre, et pourtant…    

Au Pays du soleil couchant, en matière de FinTech, l’histoire semble se répéter tel un coucher ! En effet, à l’instar de son voisin algérien, l’Office national des changes a coupé court à la crypto-monnaie qui, pour rappel, est intégrée par une centaine de nations, dont des poids lourds de l’économie planétaire tels que les Etats-Unis, l’Union européenne ou encore le Japon. « Les transactions effectuées via les monnaies virtuelles constituent une infraction à la réglementation, passible de sanctions et amendes », peut-on lire sur le timide communiqué aux allures de circulaire publié par l’Office à cet égard. Plus loin et plus curieux, l’institution ne mâche pas ses mots et qualifie d’« occulte » ce système de paiement. La raison invoquée : « le recours aux monnaies virtuelles comporte d’importants risques pour leurs utilisateurs. » L’explication est le moins qu’on puisse écrire superficielle, et il faut s’en contenter, ce qui, bien entendu, n’est pas le style de la maison ! L’annonce est d’autant plus surprenante que ce sont quelque 12.000 transactions par heure qui sont effectuées en crypto-monnaie dans le monde pour un volume d’échange annuel de 1788 milliards de dollars, soit 70 fois le budget annuel de l’Etat marocain.

Surprenant, non ! Non loin, en France, premier partenaire commercial du Royaume, le gouvernement d’Édouard Philippe se penche en ce moment sur une réglementation dédiée à ce secteur, suite à la création sur son sol d’une vingtaine de crypto-monnaies, c’est dire qu’au niveau des gouvernements, la chose est à ses balbutiements et les dés ne sont pas encore jetés. « Cette technologie est une opportunité inouïe pour le Maroc dans la mesure où, d’une part, cette révolution financière est à ses débuts et pour l’instant tous les pays sont sur le même piédestal. D’autre part, si la crypto-monnaie  rencontre un cadre législatif adapté, comme font beaucoup de pays actuellement, elle représentera un formidable levier économique, et plutôt deux fois qu’une, puisque, grâce au Bitcoin, on n’a nullement besoin de lancer des projets d’appels à coup de milliards pour séduire les investisseurs et les fonds étrangers. Alors naturellement, je suis sidéré par cette interdiction pure et simple », s’indigne Faouzi El Yagoubi, cofondateur de Varanida, une startup qui propose une marketplace publicitaire décentralisée basée sur le blockchain. Encore plus proche, juste en face, Gibraltar est en phase de devenir The plaque tournante de l’UE concernant la crypto-monnaie. Conséquence directe de ce choix stratégique, ce minuscule territoire britannique a d’ores et déjà attiré dans sa toile économique des centaines d’entreprises et investisseurs étrangers qui s’y sont installés, sans compter les entités privées basées hors du territoire et à qui ce nouveau moyen permet d’investir à distance. Les spécialistes désignent Le rocher comme étant la future Silicon Valley du Bitcoin voué à se transformer en un véritable centre financier.

Alors non ! On ne se contentera point de l’argument occultiste, car tout porte à croire que bannir le Bitcoin & Co, c’est demeurer suiveur plutôt que suivi.

Les raisons « occultes » de cette fin de non-recevoir

Pour connaitre les vraies raisons de ce refus en bloc, il faut comprendre le fonctionnement de la monnaie virtuelle. En effet, la monnaie dite conventionnelle est calibrée sur l’or ou l’argent. Or, la crypto-monnaie ne se base sur aucun métal – aussi précieux soit-il – mais sur une formule mathématique (code open source) disponible gratuitement pour le public. Ainsi, sa circulation est indépendante de toute institution financière et sa production n’émane d’aucune banque centrale. Là où le bât blesse, c’est que les banques touchent de faciles commissions sur tout mouvement d’argent. Avec l’avènement des crypto-monnaies, cette pratique risque d’être torpillée. De plus, de l’aveu même de nombreux hauts cadres de banques centrales européennes, ce nouveau système pose un véritable défi quant à sa capacité à influencer les taux de crédit, qui au demeurant restent très élevés au Maroc. En somme, au niveau des banques, le danger de la monnaie virtuelle réside dans sa faculté à mettre hors-jeu les intermédiaires dont la valeur ajoutée est faible par rapport aux services rendus. Quant au niveau étatique, si la monnaie virtuelle décroche le statut de monnaie traditionnelle ou de devise, sa conversion ne sera alors pas imposable. Aussi, de par le caractère anonyme ou plutôt pseudonyme qu’offre ce moyen de paiement à ses utilisateurs (s’il est possible d’identifier l’adresse vers laquelle ou à partir de laquelle une transaction a été effectuée, il est quasi-impossible de la relier à son propriétaire physique), cela pourrait encourager des activités illégales telles que la fraude, le blanchiment d’argent ou la fuite de capitaux, une menace légitime surtout en ces temps qui courent où l’avenir du dirham (qu’au Gouverneur de la banque centrale marocaine ne plaise) s’annonce incertain à cause du passage au régime de change flottant. Toutes ces craintes sont d’autant plus de raisons pour réglementer et non interdire, car l’histoire virtuelle du web le prouve, il est impossible de s’opposer au progrès dans ce domaine. En attendant, quelques initiés continuent à échanger de la monnaie virtuelle au Maroc, et à en croire ce jeune trader local qui, pour des raisons évidentes, a préféré garder l’anonymat « chaque jour, ce sont plus de 200.000 dollars de crypto-monnaies qui s’échangent au Royaume chérifien. J’ai effectué, pas plus tard que la semaine dernière, des achats au Maroc en payant en Ethereum (ndlr : autre monnaie virtuelle très utilisée) », confie-t-il. Sauf que dorénavant, il risque jusqu’à 5 ans de prison. Bitcoineurs vous voilà prévenus.

 K.B