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Chroniques de Kheyibaba

#Koun_Rajel. « Si seulement j’étais une femme »

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Il est des jours de colère où Kheyibaba se surprend à maudire sa condition d’homme et à regretter de ne pas être femme. Non pas qu’il n’est guère certain de ses orientations sexuelles ou par curiosité anatomique, mais c’est qu’il a la langue mauvaise mais vraie. Et, pour pouvoir médire, il faut de la matière. Or, être un bipède avec un zizi au Maroc n’en procure pas, parce qu’être un mâle – avec les nombreux avantages qui vont avec le poste –  n’a aucun mérite en soi, sauf celui d’être né comme tel ; trivial jeu de hasard avec une chance sur 2 d’être éjecté du bon côté ; rien de bien glorieux.

Ce mardi brulant de juillet en était un, de jour de colère. Kheyibaba eut vent d’un puissant vent de bêtise qui balayait les pages et les plages : la campagne sur les réseaux sociaux blédards #Koun_Rajel « Sois un homme et couvre tes femmes ». Il s’agit d’une sorte de fatwa virtuelle qui incite les hommes à empêcher leurs femmes de se dénuder, autrement dit : canicule ou pas, rien à foutre, tu ne montreras point ta chair ma chère ; ma chère mère ; ma chère épouse ; ma chère sœur ; ma chère cousine ; ma chère fille du quartier… On va encore défrayer la chronique à l’étranger pour les mauvaises raisons !

Ce qui frappa en premier Kheyibaba fut le fulgurant succès de la campagne. Partagée des dizaines de milliers de fois en un temps record et approuvée par des centaines de milliers de suiveurs, moutons des temps modernes, elle s’était propagée à la vitesse de la rumeur. Plus inquiétant encore, ses effets commençaient d’ores et déjà à se faire sentir à la plage où Kheyibaba avait ses habitudes estivales. À vue d’œil, il estima à 10% les femmes qui y portaient un vrai maillot de bain (des adolescentes pour la plupart), contre 95% chez les hommes (les 5% restants étant vêtus d’un simple slip à poche ou un caleçon).

Ce qui interpela en deuxième lieu notre flémard, c’est la tournure du slogan : « Sois un homme et couvre tes femmes ». À en croire les mots, le poilu derrière cette initiative en a plein, des femmes ! Plus puissant encore que le pluriel, l’auteur emploie le déterminant possessif « tes », comme s’il était question de propriétés privées. Ceci explique probablement la raison pour laquelle il ne s’adresse pas directement au sexe concerné mais à son propriétaire !

Soit ! Pour la première fois de la courte histoire de ses chroniques, Kheyibaba ne fera pas que la nique, il apportera des solutions viables et réfléchies et se risquera même au conseil. Voici les 2 mesures phares qu’il propose aux décideurs de la cité et aux moutons des temps modernes, ainsi que son conseil à la société civile :

« –  Les décideurs : ouvrir des plages spéciales ninjas et visages voilés de poils interdites aux gens presque à poil, et vice-versa. Une sorte de concept de plages nudistes à l’envers !

– Les moutons des temps modernes : Évitez de regarder les femmes dénudées. Une sorte de boycott du regard. En d’autres termes : koula yedkhel souk k….u (chacun s’occupe de son c.l).

– La société civile : blabla hypocrite à part (ce n’est pas le genre de la maison), de visu, la liberté de la femme au Maroc ne cesse de se réduire comme peau de chagrin, et ce malgré la Moudawana & Co. Pire que cela, nombreuses sont celles qui acceptent et adhèrent à une condition inférieure à celle de l’homme. J’en veux pour preuve les souvenirs, ceux de mon enfance. À l’époque, le problème de maillot ou pas ne se posait pas, tellement c’était chose normale qu’Eve se baigne avec. Après tout, ne voit le vice que celui qui veut ! Conclusion : Si au niveau législatif les lignes ont avancé et que du côté des mentalités elles ont reculé, cela veut dire que la société civile ne mouille pas assez le maillot, que le milieu associatif, entre autres, n’est pas assez actif et/ou engagé. Peut-être aussi que la cause féministe s’était égarée, ou mal adaptée à la culture du pays, car à l’occidentale, à l’instar de cette féministe qui, s’étant arrêté au premier degré, avait refusé de poster sur sa page (ce qui est son droit le plus élémentaire) la chronique « Femme, lève-toi et pédale »  (https://www.kheyibaba.com/femme-leve-toi-et-pedale/). Le prétexte avancé étant « qu’une ligne évoque la chirurgie esthétique et que cela nuit gravement à l’image de la femme qui doit se sentir bien dans son corps, quel qu’il soit… » blablabla ! Alors qu’on est au Maroc au stade où porter une minijupe ou un maillot de bain représente un acte de bravoure, un acte de résistance. Et, si seulement j’étais une femme, je l’aurais porté fièrement, moi aussi, mais en une pièce, comme celui de mes fantasmes, celui porté par la délicieuse Deborah Rennard dans le film Full Contact, au côtés de Jean Claude Van Damme ! ».

Oh ! La balance. À bon entendeur, salaaamoualikoum.

Kheyibaba